
- Une démarche : réemploi / archéologie / anthropologie / le populaire et le savant / copie / remédiation / montage / partage
La pratique artistique du nouveau HOLZ a pour origine le roman gravé aussi bien que la bande dessinée. Elle se caractérise par le réemploi d’images et de textes déjà existants.
Nous fouillons le Web et les bibliothèques comme un archéologue en quête d’objets enfouis.
La recherche s’effectue selon des critères théoriques et formels (par exemple : les images doivent appartenir à un corpus cinématographique déterminé, les images doivent dire quelque chose à propos des images, les images sous-titrées conservent leur sous-titre, etc.).
Le champ de la recherche peut aussi être orienté selon une rencontre avec d’autres artistes et d’autres écrivains. Il a souvent un cadre collectif.
Enfin, la recherche a une dimension anthropologique dans la mesure où elle se soucie de l’usage des images (les images comme moyen de s’orienter, par exemple, ou bien l’usage de la gravure à l’époque de la colonisation de l’Amérique du Sud) et une dimension médiatique dans la mesure où elle se soucie de ce par quoi advient l’image (et/ou le texte).
Les objets trouvés, visuels et textuels, sont ensuite remédiés par la gravure sur bois selon un protocole : 1. copie via relevé au dessin sur calque sur écran, 2. report du dessin via un papier carbone sur le bois, 3. taille du bois, 4. impression (en noir et blanc et/ou en couleur). L’ensemble du protocole constitue un contre-algorithme, une rematérialisation de l’image et du texte, un désenclavement du flux du signal électronique. Les sources des images et des textes sont déclarés.
Les gravures des images et des textes remédiés sont alors assemblés, montés selon une double logique de montage : montage simultané et montage par collision ; ce montage a pour support le livre ou bien il a lieu dans un espace selon la logique de l’installation.
Le montage joue sur les discontinuités et la délinéarisation de l’histoire afin de développer un modèle tout à la fois infra et hyper narratif qui échappe au modèle standard de la narration. Le montage met en co-présence des images et des textes issus de pratiques populaires et savantes. Les modèles de cette pratique du montage sont L’Atlas Mnémosyne de l’historien de l’art Aby Warburg et les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard.
Dans les installations, les matrices, les calques et les impressions des textes et des images interagissent, l’allographe répond à l’autographe.
Les recherches et la pratique sont ensuite partagées :
– au cours d’expositions
– au cours d’ateliers dans des cadres divers : écoles d’art, académies d’été, ateliers ponctuels. Au cours de ces partages, des livres en photocopie ou bien des bandes imprimées sont réalisées selon la logique du montage.
Il s’agit finalement d’instaurer un lieu relationnel, critique et alternatif de l’hétérogénéité, du non-identique, orienté vers un au-delà de la marchandise qui restitue aux individus les potentialités du monde symbolique de l’image et du texte quelle que soit leur origine, leur qualité et leur position sociale.
2. Un nouveau collectif
Le nouveau collectif Holz est composé de Gwladys Le Cuff, historienne de l’art, Aurélien Gleize, éditeur et théoricien du livre, et Olivier Deprez, artiste visuel.
3. Un projet : le HOLZ#6
HOLZ entame donc une nouvelle séquence de son histoire : préciser la dimension d’archéologie des images en redistribuant les processus de création et de diffusion/monstration, et les auctorialités au sein du collectif. Il s’agit de s’immerger dans l’écheveau mouvant des temps et des images, pour montrer via le montage-collision et le montage simultané la dynamique du symptôme, c’est-à-dire les «battements structuraux» (Didi-Huberman) de l’image : «empreinte et mouvement, latence et crise, processus plastiques et non-plastiques, oubli et réminiscence, etc.».
Un autre axe concerne l’affrontement de la gravure à la culture visuelle contemporaine :
– rematérialisation et remédiation des images prises dans les livres ou l’Internet vernaculaire ou savant ;
– égalisation/interprétation par le geste de la copie et de la xylogravure : allographie, autographie, reconnaissance des images, contre-algorithme ;
– montage matériel fortuit à cause des propriétés de quasi-transparence du papier kozo ;
– écologie de la diffusion des images (par les panneaux d’exposition, les cahiers, les matrices en bois encrées, les GIFs/l’animation limitée qui en seront tirés…).
Enfin, le rapport aux savoirs : savoir érudit de la chercheuse en histoire de l’art, savoir-faire (dessiner, graver) de l’artiste, savoir des unités-ligne, bloc, page et panneau del’éditeur/curateur, savoir du montage de la culture visuelle du collectif Holz (arts ancien, moderne, contemporain, d’ici et d’ailleurs, du cinéma ou du film d’animation), savoir de l’écriture en cut-up à graver ensuite, savoir faire penser les images entre elles comme dans l’Atlas de Warburg…
Il s’agit alors de préciser cette dimension archéologique et d’en faire le cœur de la revue n°6. C’est pourquoi un dialogue s’engage avec l’historienne de l’art Gwladys Le Cuff et l’éditeur de livres d’artiste Aurélien Gleize. Gwladys Le Cuff met l’accent sur plusieurs aspects de l’image. Dans le contexte de l’évangélisation du Nouveau Monde, l’image a un caractère propagandaire et via la gravure est démultipliée jusqu’à devenir virale. L’image produit des « normes formelles instituantes» à destination des peuples colonisés. L’image puise dans un fond déjà constitué des figures mises au goût du jour et reflétant idéellement le colonisateur, voire en est l’épigone. La gravure devient ainsi le medium quasi magique de la présence objective du divin sur terre. Aurélien Gleize met en évidence la façon dont le corps s’est morcelé et marchandisé dans la modernité en situant la période vache de Magritte dans une double perspective géographique liée à une date clé, 1860. A Paris, l’avènement combiné des théâtres et des grands magasins transforment les images du corps, le morcelant et le réduisant à un catalogue d’accessoires. Au Japon, l’occidentalisation entraîne la substitution du vieux par le neuf. Dans les images gravées, les objets délaissés se transforment en monstres combattant leurs équivalents européens. Magritte synthétise en quelque sorte ces deux situations : chez lui, les corps sont découpés et les postiches s’animent. Gwladys Le Cuff et Aurélien Gleize ont chacun constitué, « écrit », un corpus visuel et textuel. C’est de ces corpus que sera extrait le contenu du montage du numéro 6.